Au moment où j'écris ces quelques lignes, cela fait 6 mois que Deyrouth est fini. Je vais donc tenter d'en faire une analyse rétro-active. Elle évoluera et s'enrichira sûrement au fil du temps.

Deyrouth est mon premier film officiel, produit.


Il m'a permis de faire mes premiers pas dans le monde du cinéma, monde dans lequel je n'aurai jamais imaginé évoluer, sortant d'une école de graphisme.


Tout à commencé par ma rencontre avec le producteur Jean-Christophe Soulageon. Il m'a contactée après avoir vu mon film de fin d'études l'amour m'anime (un journal intime animé qui raconte mes histoires d'amour ratées). (Je lui ai avoué bien plus tard, qu' après avoir lu son premier mail je suis allée voir sur wikipedia ce qu'était plus précisément un producteur).

Lors de notre premier rendez vous, je lui ai parlé de ce voyage que j'avais fait au Liban, et du journal manuscrit que j'avais tenu. Il a demandé à le lire afin de voir si on pouvait en faire un court métrage. Quelques semaines plus tard, il m'a dit "ok allez hop on fonce!".


La première étape consistant à préparer les dossiers de subventions fût la plus longue et compliquée pour moi : il fallait écrire un scénario, chose que je n'avais jamais faite. Je trouvais le concept à la limite du ridicule : pourquoi passer par l'écriture pour construire une image? Je n'arrive pas à dire certaines choses, et c'est pour ça que je les exprime avec la vidéo. Pourquoi tout prévoir, intellectualiser, décrire? Ne peux t-on pas laisser place à l'imprévu?


En parallèle, il a fallut que je prenne du recul avec l'histoire que j'avais vécue durant mon voyage. J'étais un peu énervée, je voulais tout critiquer à la fois : les médias, la politique, le monde entier...

C'est à ce moment là que M. Soulageon a fait intervenir Sébastien Laudenbach qui a permis de canaliser la suite. Avec des questions très simple comme "quelle est la chose la plus importante que tu veux dire à travers ce film ?" ou "pourquoi tu veux faire ce film ?". Je me suis pliée au jeu de l'écriture du scénario, jusqu'au point de l'apprécier et d'en voir l'utilité.


Cette étape franchie, cette feuille de route à la main, il ne restait plus qu'à faire les images ! Je n'étais pas au bout de l'aventure, mais en même temps je trouvais ça excitant de découvrir tout le cheminement de la création d'un film... Un nouveau terrain de jeux avec des conditions de rêve! Nous avions les moyens de ne pas me faire travailler seule, il a donc fallu constituer une équipe... J'ai fait le choix de ne prendre que des gens proches de moi. Pas forcement "professionnels", mais avec qui je savais que travailler ne serait pas douloureux, et qui surtout connaissaient mon histoire et celle de ma famille. Je ne voulais pas faire un film qui naissait d'une souffrance dans la souffrance.

Je sais que le rendu final aurait pu être esthétiquement plus beau, l'animation plus rigoureuse, les acteurs plus disciplinés. Avec ce film, il ne s'agissait pas d'impressionner par la technique. Je souhaitais bien sûr qu'il soit techniquement mieux que mon précédemment film mais je ne vois pas d'intérêt à ce que le public, en sortant de la projection de mon film, soit époustouflé par la fluidité de l'animation, pour l'instant. Je suis plutôt ravie quand cela donne envie aux gens de faire des films, que cela leur semble facile ou, encore mieux que cela les motive à partir à la découverte de leurs origines.

Je vois l'animation plus comme un médium que comme un genre particulier du cinéma, et je peaufine ma technique au fur et à mesure de mes expérimentations.
En faisant le film, je me suis surprise à penser au prochain. J'apprenais tellement de choses que je me sentais un peu frustrée de ne pas avoir le temps de les mettre en pratique : tant au niveau de l'organisation qu'au niveau de la fabrication des décors ou de toutes les possibilités que je pouvais encore développer en stopmotion.

Mais malgré la préparation nécessaire en amont, j'aime que l'imprévu ai le choix de prendre une place. Par exemple, la séquence où les chirurgiens plantent les scalpels dans la carte était très tendue à tourner : tout d'abord, c'était le premier jour de tournage où mes frères (les 3 acteurs) se prêtaient au jeu de l'animation, et la première fois que je dirigeais des acteurs. Mes indications n'étaient pas très claire ("ne faites pas n'importe quoi" " ne vous déplacez pas trop vite"...). On ne pouvait tourner la scène qu'une fois car je ne possédais qu'une carte du Liban. Je l'avais récupéré durant mon voyage et tenais à utiliser celle ci. Sûrement pas grâce à mes directions, ils ont vite compris comment agir, on pris des initiatives sur leurs déplacements. Ils devaient faire des dessins d'explosions et ont vite conclu que des tâches seraient plus efficaces. Je les ai laissé faire et ne suis pas déçue du résultat.
Il y a aussi des satisfactions invisibles pour le public, mais en les incluant dans le film, j'ai eu l'impression que le film serait plus "vrai". Par exemple, la voix de Frédéric (l'ours) est vraiment celle du français que j'ai rencontré à Beyrouth. La femme Libanaise qui vient dire "que le Liban est toujours joli", est une belle rencontre que j'avais faite dans le train qui menait d'Istanbul à Alep. La voix des libanais est celle de mon père, leur écriture de ma mère, les phrases du journal écrit n'ont pas été modifiées...
Malgré tout, en revoyant le film, je me dis que je ne le referais pas du tout de la même façon, que je prendrais plus de temps pour fabriquer les décors, les accessoires, les costumes (pour qu'ils ne ressemblent pas à des pyjamas), que je me coifferai mieux, que j'essayerai de faire des blagues que plus de gens comprennent (la poule mouillée, ça ne passe pas) (surtout évidement pour le public étranger), mais je me dis qu'il faut 10 ans pour savoir si un film est intéressant. ça laisse le temps de voir comment il passe dans le temps. Je me dis aussi que ce n'est plus à moi de juger ce film, qu'il ne m'appartient plus, et qu'à présent je dois en faire d'autres. D'autres encore remplis de défauts et de quelques qualités, mais qui existeront.

Au final, on peut dire que j'ai un peu fait ce film comme j'ai fait le voyage qui m'a menée au Liban : sans trop savoir où j'allais, mais avec l'intime conviction que c'était par là qu'il fallait que j'aille.

 

Dessins extraits du carnet de dessins de voyage, que vous pouvez télécharger ici.
  Vous écoutez un extrait de la bande son du film, réalisée par Son of a Pitch

 

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